DaNs L’œiL De FaNnY ShEpeR

Extraits des textes de Fanny  Sheper              

(Écrits protégés par copyright. Aucune reproduction, même partielle, autre que celles prévues à l’article L 122-5 du code de la propriété intellectuelle, ne peut être faite sans l’autorisation expresse de l’auteure.)

 

 

                                                                                

Le locataire

 

"Un cendrier de béton

Voilà son appartement

Un plancher à échardes

Un matelas molesté  au sol

Une fenêtre plus triste qu’un mur

Et un lustre fantomatique

Ombre translucide  et menaçante

Eclairant un plafond gondolé de fumée

 

Les draps sont plus crades que le métro

Et les verres plus ternes

que les vitres d’une usine désaffectée

Un évier fosse commune

Des fourchettes effrayantes

Un cafard rondouillet,

un moustique cramoisi

et les semelles qui collent et gémissent (...)"

LA  BRUME

 

"Quand  la brume s’étend

Pour claquer les illusions

Dans des couloirs élastiques

Elle se prend pour une mère

 

Elle enveloppe

Les cris et la lumière

Elle étouffe et elle berce

Des enfants qui jamais

Jamais ne pleurent (...)"

 

 

 


 

 

 


 

    

 

                MA VIS

 

J’ai  enfoncé ma vis

Pour ne plus penser à…

Comme un bateau englouti

Planté par la fatalité

Je gisais dans la boue

Quand on m’a trouvé

Incrusté, tassé, écrasé

Par les allés venus des pneus

J’avais tout oublié

C’est un chien, qui m’a débusqué

On m’a arraché à sa gueule

Pour ne pas qu’il se blesse

Avec ma vis

C’est donc mon sévice, ma vis

 qui m’a Sauvé de la mastication et de l’oubli

J’ai enfoncé ma vis

Pour ne plus penser à…

 

                                                          Fanny Shépér

 

 

( Extrait de la serie de textes et photos "De la séve et de mots" )

 

Mon Ange le Perché

 

"Mon souffleur de clarté

Mon dingue éclairé

Dans ton sillon

Les trottoirs sont des voyages

Et les planchers des villes sont

Des bateaux craquants de conquêtes

 

Mon  prince le toxico

Mon timbré le gracieux

Dans tes yeux les cafards ont des ailes

Et chaque rue est une évasion nouvelle (...)"

 

 

 Le sourd et La bâillonnée

 

 

Ils étaient là

Assis sous une nuit lascive

Fumant leur vie

Comme deux noyés stoïques 

Face à face

 

Elle le regardait

Comme un chien fourbu

Lapant ses désillusions

 

L’autre insondable

Restait figé

Dans la contemplation

D’une pensée vide

 

Le passant passe

Et la vie s’enfuit

Mais eux nonchalant d’elle

Demeurent côte à côte

Comme deux funambules 

Très haut, au dessus du ciel

 

 

                                           Fanny Sheper

 

       

 

 ( 1er prix  concours regional  de l'Union 1999 )

L’EVASION

 

Il faut sortir de là !

Chut ! On pourrait nous entendre !

Regarde…

Trente têtes fixées sur un tableau noir

Je suis sure que je pourrai m’enfuir

Sans éveiller l’attention

Discrètement

Je vais oublier que j’existe

 Je vais croire que je ne suis pas

 Et je vais tellement me concentrer

 Le vivre

Que moi même,  mon cahier,  mon jeans

Mon corps

Tout va disparaître

Et les autres ?

Ils ne tourneront même pas la tête

Indifférence imbécile

Egoïsme bien pensant

Cruauté du groupe

J’aime pas les gens (...)

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Lacheté

 

Comme une odeur de poison

Une envie de crever le plafond

 Avec mes illusions

De dévorer mes mensonges

De tous les mettre en pièces

 

Pitié complaisante

Ou bien lâche

Ou bien meurtrière

Compromis malhonnête

Acquiescement non consenti

 

Je parle de cette corruption

Qu’engendre la faiblesse

Le rêve d’une sérénité mortifère

 

 

Je parle de déserter sa vie

De se planquer derrière des : « oui, oui »

Se détourner de soi

Pour ne pas se heurter aux autres

 

Est-ce politesse ?

Lâcheté ?

Pitié ?

Ou bien courtoisie ?

Est-ce fainéantise ?

Ou bien peur de se lever ?

 

Peur de soulever les lièvres

De brusquer, déranger

Peur de blesser, de décevoir

D’être contrés, d’être bousculés

D’affronter, de se différencier

 

En fait, cela n’est pas de la pitié

Ni de la politesse

Nous payons notre illusoire tranquilité

Par nos lâchetés quotidiennes

Et nous nous perdons peu à peu

 

                                       Fanny Sheper

 

(Publié dans la revue Le Moulin de poésie N°43)

 

C’était pas hier

 

Bon, j’étais bourrée 

Mais je me souviens,

Je me souviens, on s’est rencontré comme ça

C’était pas hier, c’était avant, je crois

Si si, c’était toi, tu marchais dans cette rue

Tu trainais un blues mélodieux

Et puis t’avais l’air seul mais heureux,

Tu étais accompagné par une charmante bouteille de whisky,

Ca,  c’est ton petit coté américain

Moi c’étais une bière, une grande

Une de celle qui a plus de bulles  avant d’être finie

J’aime bien faire trainer, je fais pareil avec le café

J’attends qu’il soit froid pour la dernière gorgée

Bref, j’étais bourrée

Je me souviens plus d’hier

Mais,  sûre que je t’ai rencontré

On a parlé, parlé

Je sais plus de quoi mais c’était beau

Toi aussi tu étais beau

Tout était beau

Enfin, je crois, j’étais bourrée

On était assis là par terre

Sur le trottoir et les chewings  gums  aplatis

Mais c’était bien

C’était comme d’être assis sur un canapé

Sous un figuier l’été

Des gens passaient, les bruits  s’endormaient

 On parlait, on parlait

Puis  tu as dit

« Ma  bouteille est cramée »

Et tu m’as regardé comme si c’était la fin

Avec cet air à la fois triste et soulagé

 A ce moment précis,  Je t’ai  aimé,

C’est pour ça que je m’en souviens mieux qu’hier

Alors, j’ai posé ma bière à coté

Et on s’est embrassé

Et la rue s’est changée en palais

Et le trottoir s’est évanouit sous nos pieds

Et les réverbères se sont tamisés rien que pour nous

Si  c’est vrai

Tout timides et gênés

On s’est sourit comme ça, un moment

Puis après, ben après, c’était hier….

Et  hier,  j’étais bourrée…

 

Fanny Sheper

 

Publié dans le site au hasard des connivences de Jean Louis Millet.


http://jlmi22.hautetfort.com/l-oeil-la-plume/

 

 

 

 

 

 

Dialogue vaseux

 

Une fumée  épaisse

Prés  d’un  lac

Les  nénuphars brillent

J’observe avec mes nouveaux yeux

Oh !  Je viens de voir  trotter

Un  rat  permanenté

Je crois qu’il avait un peu honte

Je me penche  sur  l’eau  et je vois

Un   poisson mystère

Squatter une  idée

Il bulle des  pensés  brèves

Il rêve d’une  araignée

Qui  s’égosille  à lui  raconter

Comment  tricoter

Sans aiguilles

" Ben, de toutes façon, j'ai pas de pattes." 

Repond le poisson.....